Retour de mission

Bonjour,

Je suis rentrée le 15 avril d’Amazonie d’une mission chez les Indiens Kayapo, sur les terres du chef Raoni.

Le chef Raoni en France

Arrivé le 3 mai, à l'aéroport Roissy Charles de Gaule, où je l'ai accueilli

Raoni est le leader le plus influent et le plus respecté de la cause indigène au Brésil. Il est reconnu comme tel par les peuples autochtones, tout comme par la population et le gouvernement brésilien et est régulièrement reçu par des politiques qu’il oriente sur les aspirations et les besoins des populations autochtones.
Comme vous avez dû le voir dans les médias, il était en France du 3 au 17 mai pour lancer un appel de soutien contre un projet de barrage appelé « Belo Monte » qui est projeté d’être construit sur le fleuve Xingu, affluent de l’Amazone qui traverse les terres de son peuple.

Les peuples autochtones qui vivent le long de ce fleuve sont très préoccupés par ce projet qui risque pour certains d’inonder leurs terres, de polluer l’eau du fleuve et d’entraîner la diminution du nombre de poissons pour des peuples qui vivent de chasse et de pêche.
Le chef Raoni espère que son témoignage aura touché les français et qu’ils se mobiliseront pour la défense de l’Amazonie ainsi que des peuples autochtones qui l’habitent.

Le chef Raoni en France

Le 7 mai, lors du vernissage d'une exposition photo sur les Indiens, à Paris

Les Indiens d’Amazonie « Gardiens de la planète »
Les images satellites du Brésil démontrent que la majorité des zones de forêt amazoniennes préservées se trouve en terres autochtones. Sur ces dernières vivent des espèces animales et végétales qui ont totalement disparu des terres voisines sur lesquelles les non-indiens ont installé leurs champs de soja et leurs bœufs. Le territoire des Indiens Kayapo est d’une superficie de 14 millions d’hectares. Il s’agit de l’une des plus grandes terres autochtones du Brésil.
Cette vaste zone forestière est la plus riche du point de vue écologique de tout le Brésil central, ce qui place de fait ce peuple devant la responsabilité de la préservation de sa richesse biologique.
Les Indiens protègent la forêt amazonienne grâce à leur mode de vie (auto-subsistance : chasse, pêche, petites cultures sur brulis), à leurs coutumes (respectueux de l’environnement), à leur résistance pour la protection de la forêt et de leurs terres, et par leurs savoirs en ce que nous appelons aujourd’hui le « développement durable ».
Les Kayapo font partie des peuples considérés comme les plus savants en matière de développement durable en pratiquant une gestion des ressources naturelles sur le long terme qui vise à maximiser la production des espèces utiles sans engendrer de conséquences destructrices ni sur elles, ni sur le reste de l’environnement.

Grâce au projet que nous menons avec et pour les Indiens Kayapo, ces derniers pourront protéger leur culture et leur mode de vie mais également leurs terres et donc continuer a protéger la plus grande forêt du monde (qui est le plus grand régulateur climatique du globe) et la planète, et donc continuer a nous protéger. De l’avenir des peuples autochtones qui l’habitent dépend celui de l’Amazonie. De l’avenir de l’Amazonie dépend celui de la planète. La protection des peuples autochtones, de leurs cultures et de leur habitat se doit donc d’être au cœur des priorités.

Mission en Amazonie 2010

Village de Metuktire

Village de Metuktire, avec au centre la maison des hommes (ici en construction)

Baignade dans la rivière qui borde le village

Baignade dans la rivière qui borde le village

Jeune kayapo travaillant dans une plantation de manioc

Jeune kayapo travaillant dans une plantation de manioc

Pour continuer la mise en place d’un gros projet de préservation de la culture des Indiens Kayapo et de la défense de leurs terres, j’ai donc, cette fois-ci, passé trois mois auprès du chef Raoni qui
m´a nommée -juridiquement et administrativement- comme sa représentante et porte-parole officielle.

Une collection de CD, plus de 30h d’enregistrements

le chef Raoni

le chef Raoni

J’ai effectué pour cela un gros travail d’archivage afin de préserver la mémoire des anciens. Fruit de mon travail de ces dernières années, je leur ai déjà rapporté une collection de CD regroupant au total plus de 30h d’enregistrements de chants, mythes, registres de langue, pleurs cérémoniels… identifiés avec et par eux comme en voix d´oubli.
Le contenu a été vérifié auprès de Raoni et des anciens de différents villages. Des copies vont bientôt être distribuées à tous les villages kayapo concernés par ces projets. Ainsi, pourront-ils, par exemple, réorganiser certaines cérémonies qui avaient été oubliées et préserver ces connaissances à tout jamais alors qu’elles auraient pu disparaître après le décès des anciens qui en sont les derniers détenteurs

La rédaction des mémoires du chef Raoni sont en cours
Très préoccupé par l’avenir de son peuple et de la forêt, Raoni m’a chargée d’enregistrer tous les mythes et les histoires qu’il a en sa mémoire afin de les mettre ensuite par écrit.

Enregistrement des mémoires du chef Raoni

Enregistrement des mémoires du chef Raoni

Il s’agit d’un travail colossal qui prendra au final la forme d’un  livre écrit en langue kayapo.

La mise par écrit est effectuée par de jeunes kayapo ayant suivi une formation pour apprendre à  écrire leur langue suivant les règles définies récemment par des linguistes. Les kayapo sont de culture orale. Grâce a cet ouvrage, ils pourront ainsi conserver une grande partie de leur patrimoine immatériel à tout jamais et les valeurs de respect de l’environnement et de gestion durable sur lequel se fondent leur mode de vie. Nous avons équipé l’année dernière ces jeunes de matériel informatique pour qu’ils puissent se charger de la rédaction du livre.

(Ce matériel n’a pas pour objectif de pousser les Indiens à suivre notre modèle de développement. Bien au contraire, ces technologies sont utilisées pour aider ces peuples à préserver leur culture et leur propre modèle de développement traditionnels. Les jeunes qui suivent des formations ont été choisis par leurs communautés pour étudier comment fonctionne le monde des blancs, pour se former afin de pouvoir ensuite protéger leur peuple.)

Centre de préservation de le culture
Toujours conformément aux souhaits des Indiens Kayapo, j’ai réalisé l’étude de la construction du « Centre de Préservation de la Culture Mebengokre » (nom originel du peuple Kayapo), qui verra le jour dans quelques mois.

Plan du centre de préservation de la culture Mebengokre

Plan du centre de préservation de la culture Mebengokre

Grâce à ce centre, construit selon les souhaits de la communauté en respect de l’architecture locale, les Kayapo pourront réunir et conserver sur leurs terres des archives anciennes et récentes ainsi que toutes celles que les jeunes Kayapo seront amenés à réaliser aujourd’hui et demain, sous tout support (livres, vidéos, enregistrements sonores…).
Ce lieu permettra aux jeunes de travailler pour la préservation de leur culture. Ils pourront par exemple y interviewer les anciens ou encore mettre par écrit les mémoires du chef Raoni grâce à des ordinateurs…
Ils pourront entreposer les équipements permettant de sauvegarder ce patrimoine (caméras, ordinateurs, enregistreurs, vidéo-projecteurs…). Ainsi, les archives tout comme ce matériel pourront être préservés de l’humidité, des insectes et de la poussière… ce qui était impossible jusqu’à présent.
Le « Centre de Préservation de la Culture Mebengokre » permettra de revaloriser la culture des anciens, de renforcer le dialogue entre les jeunes et les anciens, de donner envie aux jeunes de l’étudier et de s’investir pour sa préservation. Il permettra aussi de réintégrer dans leur culture des cérémonies et d’autres éléments culturels délaissés. Ainsi, les Kayapo auront les moyens de sauvegarder ce patrimoine et de continuer à transmettre la parole des anciens à leurs enfants et petits-enfants.

Protection des terres autochtones

Fleuve Xingu - Terre Capot/Jarina

Fleuve Xingu - Terre Capot/Jarina

Bien que les terres kayapo aient été démarquées et reconnues par le gouvernement brésilien comme terres autochtones, cela ne les protège pas de la déforestation, des intrusions d’exploitants forestiers ou encore de groupes pratiquants la pêche sportive.

Les Kayapo effectuent des patrouilles de surveillance en barque ou encore à pied le long de leurs limites. Afin de leur permettre de mieux protéger leurs terres, Wayanga vient de faire un don d´équipement radiophonique au village du chef Raoni qui en avait fait la demande l’année dernière. Ainsi, les kayapo pourront-ils contacter les équipes du gouvernement concernées afin que ces dernières retirent les intrus de leurs terres. Nous avions déjà fait don en 2008 d’un tel équipement à un autre village Kayapo appelé Capot.

Formation des leaders autochtones pour une meilleur représentation politique
Nous finançons cette année des études de comptabilité à un jeune leader kayapo -qui vit une partie de l’année en ville- et qui a été choisi par sa communauté pour être un représentant auprès des « Blancs » et pour défendre les intérêts de son peuple au sein d´organisations autochtones.
Nous avons déjà financé des cours de langues ou encore d’informatique à d’autres jeunes leaders impliqués dans la préservation des terres, de la culture et de la défense des droits de leurs peuples.

Bien sûr, tous ces projets sont élaborés à la demande des Indiens, avec et par eux, en total respect de leur mode de vie, de leurs coutumes et de leur habitat. Rien ne leur est imposé.

Emilie Barrucand

Association Wayanga
26, rue DAMREMONT
75018 Paris – France
contact@wayanga.org

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